Humanité/Réalité

Publié le par Dialogues en Humanité

 par Romain Furet

 

 

Humanité...

En voilà un mot. Un vrai. Le genre de mot chargé d’émotions qui vous fait pousser des ailes et les cheveux.

Humanité, ça rime avec de jolis petits mots comme beauté, vitalité ou radio-activité ou avec de gros mots moins jolis comme médiocrité, infirmité ou encore liberté.

Humanité, c’est le genre de mots qui vous laisse penser que vous pouvez faire bouger les choses. Alors on appelle ses potes. On fabrique quelques pancartes sur lesquelles on paraphrase une citation de Voltaire en espérant secrètement que ça ne se verra pas.

L’humanité, c’est croire en l’homme dans tout ce qu’il a de plus complet. Le mari cocu, l’enfant qui joue dans la neige, le militaire qui “ne fait que suivre les ordres” et la vieille femme qui fait à manger aux sans abris. Après tout ce sont de petits détails qui entraînent de grands bouleversements. Et on y croit...

On envoie des mails “a faire suivre à tous vos contacts pour un monde plus beau”. On lit et on ressort à qui veut l’entendre des statistiques économiques qui prouvent que 3 % de notre PIB pourrait faire vivre l’Afrique noire pendant plus d’un an. Et 3 %, on sait bien que ce n’est rien...

Nos parents ne nous comprennent pas vraiment, d’ailleurs les adultes ne nous comprennent pas tout court... Les repas dominicales en famille deviennent autant de scènes de débats enflammés qui finissent souvent par la même réflexion...”Je ne serais jamais comme eux”.

L’homme est naturellement bon et jamais nous n’avons eu autant de chance de bousculer les mentalités. Si une vie humaine a moins d’importance que la place dans la file d’attente de la caisse numéro 4 de Auchan le Samedi après-midi, c’est que nos contemporains ne savent plus écouter leurs semblables. Mais nous on sait...

 

Pourtant il arrive forcément.

Cet instant où on abandonne.

Marre de culpabiliser. De se demander comment améliorer tout ce merdier.

On jette l’éponge.

Marre de se creuser la caboche pour trouver l’étincelle de courage qu’il nous manque pour remplacer les fusils M-70 à capacité 300 balles par de charmantes marguerites.

On signe sa reddition.

A quoi bon lutter contre Coca-Cola quand de toute façon, “c’est super bon avec le rhum”.

On achète une bière tchèque “Premium qualité” brassée en Turquie à 70 Cent. On déboutonne sa chemise et on s’étale sur un quelconque carré de verdure.

Qu’importe la misère, on ne peut pas aider tout le monde.

Qu’importe l’inégalité, il parait qu’il suffit de travailler plus pour gagner plus.

Qu’importe même les saisons qui partent en couilles. Il finiront bien par trouver un “truc”. Une technologie sortie d’on ne sait où qui abreuvera nos enfants d’eau propre et gardera nos glaçons au frais pour le Pastis. On se dit que finalement vivre en harmonie avec les clochards de notre quartier ce n’est pas si dur, il suffit de regarder ailleurs ou de faire semblant d’être au téléphone quand il vient nous demander quelques centimes.

 

Me voilà aujourd’hui tel que je vous écris.

J’ai perdu la foi, le regard neuf que je posais jadis sur les choses. J’ai finit par me laisser convaincre qu’on ne change pas le monde à coups de pétitions. Que caresser tendrement ses utopies était le propre des adolescents et que la maturité d’esprit passait forcément par un costume rayé, un regard froid et la conviction qu’un type qui parle seul dans le métro est forcément fou.

Alors mon message est simple...

Ne devenez pas comme moi. Ne laissez personne vous dire “ça ne sert à rien”.

Un type a dit un jour:

“Heureux les simples d’esprits”

Même s’il s’adressait à des imbéciles, il était loin d’être con. Ca devait même être un type bien...

Car l’humanité c’est tout ça. Du bien, du mal, des couleurs, des gamins qui joue à se tirer dessus pour de faux et d’autres qui se font tirer dessus pour de vrai. C’est des citations de Volaire, des fusils automatiques et des marguerites. C’est une bière Tchèque brassée en Turquie. C’est des hommes qui y croient et d’autre qui n’y croient plus. Mais si nous arrêtons d’y croire que reste t-il? Un bout de papier signé par quelque centaines de personnes ne sert à rien d’autre qu’à câler une table de réunion bancale? Mais qui peut vraiment dire ce que serait la vie sans nos révoltes caligraphiques !

Utopie, lutte engagée...Qu’importe le terme, seul l’espoir compte. Car tout reste à faire et rien ne se fait sans espoir.

Si vous êtes encore devant moi à la fin de ce discours c’est que l’espoir est bien là, parcourant vos veines et vos boîtes crâniènes encore propices au rêve.

Si Emmanuelle, Ghandi et Rica Zarai nous ont bien prouvé quelque chose c’est qu’une personne, même seule, peut soulever les convictions, les foules ou le monde de la musique moderne.
Alors agissez, réagissez, dansez, rêvez, criez...Si la conviction guide vos pas, rien de tout ce que vous pourrez entreprendre ne sera fait en vain."
                                 
                                                                                                         

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